Mercredi 5 novembre 2008 :

Le départ pour la Pologne est prévu à minuit et j'arrive avec quarante-cinq minutes d'avance environ. Autant dire, rien d'exceptionnel me connaissant... Jean-Michel et son appareil photo arrivent peu après. Je me demande ce que fait minus car, après l'avoir eu au téléphone, il était censé arriver en même temps que moi. Finalement, les gens convergent petit à petit vers le gros véhicule blanc et rouge. Nous sommes neuf, dont deux personnes venues nous faire leurs adieux. Nous attendons deux Cliques qui ne viendront jamais. Pourtant, la Clique a oublié d'aller chercher son véhicule, partira à quatre heures dans une voiture cinq places, et laisse donc deux personnes sur le carreau. Bref, malentendu certainement. Jean-Michel prend une photo du départ avec Mikael intrus et nous partons à minuit vingt. À peine une minute plus tard, Julien au volant du « bus de gitans qui passera inaperçu en Pologne » cale déjà.

La nuit se passe bien, bières à l'arrière, ronflements, beaucoup de brouillard et de la musique de merde à la radio. Arrêt à une station-service en pleine nuit, les wc sont payants mais je passe outre. Les mecs prennent un café : selon la machine utilisée, il est brûlant ou frais, mais toujours en pinte quoi qu'il en soit.


Jeudi 6 novembre 2008 :

Il est sept heures. Julien s'arrête sur une aire d'autoroute pourrie à côté d'une voiture 54. Les wc « toitoi » sont à l'extérieur, dans la brume et le froid. Dans la cabane remplie de charcuterie, nous prenons un café ou un chocolat, nauséeux en raison de la sale odeur des saucisses, et autres victuailles. Bref, c'est dégueulasse dans cette boucherie-charcuterie et on se demande comment les allemands peuvent-ils faire ça ? J'enchaîne par une visite aux toitoi, l'odeur m'achève et je suis au bord de l'écœurement.

Je reprends le volant avec les réflexions misogynes de Julien et une voie d'accélération d'à peine dix mètres. Chaud. N'empêche que moi au moins j'ai tout de suite trouvé comment régler les rétroviseurs extérieurs (R/L). Pour la radio, c'est une autre paire de manche. Les allemands entrecoupent leurs blablas par une chanson mais pas de radio avec uniquement de la musique. Donc parfois on se tape avec de la chance quelques musiques de merde et de grandes conférences en allemand. Chiant au possible. À un moment donné, alors que je suis les indications du GPS-RS (merci Ludovic) à un échangeur d'autoroutes, un camion arrive lancé comme une flèche sur ma droite. Gros silence dans le véhicule. J'ai bien cru à l'imminence de l'heure de ma mort.

Lors de la pause suivante, on me demande d'éviter les trous quand je conduis ; je réponds simplement que ce sont des bosses. Il faut d'ailleurs savoir que, depuis que nous sommes en Allemagne, les autoroutes sont en travaux et on passe beaucoup de temps sur des files déviées. Aussi, depuis que je suis en Allemagne, Orange me bombarde de sms.

Le brouillard ne se lève pas. Il fait gris et froid. Nous avons deux heures d'attente devant nous après que je me sois arrêtée treize kilomètres avant la frontière polonaise. Ludovic d'un part et djoune, Michel et Olivier d'autre part doivent nous rejoindre afin que nous fassions route commune. On paye pas les toilettes parce qu'on est français et qu'on comprend pas la langue allemande ; minus reste longtemps aux toilettes, tellement que je vais vérifier qu'il ne s'est pas trompé de chemin et ne se trouve pas dans la réserve de la station-service... On mange pour tuer le temps ; je commande deux cheeseburgers mais les autres sont passés avant moi donc je n'en ai qu'un (pas plus mal finalement, car pas bon) ; minus veut que je commande pour lui une saucisse, qu'il empoignera délicatement de la main droite plus tard, et j'ai toutes les peines du monde à me faire comprendre. Il est midi, je suis en Allemagne et je fais un mélange franco-anglo-allemand du plus bel effet. Incomprise. Besoin de sommeil quoi. Et les autres se marrent.

Toujours autant de brouillard, c'est inquiétant : « tu imagines si le match était reporté ?? » Deux heures à attendre, c'est long. Du coup, on fume et on se moque des gens. C'est pas constructif mais ça occupe. Chercher le numéro de téléphone de Michel aussi. Ludovic est le premier à nous rejoindre, les trois autres arriveront plus tard. Minus a une bonne nouvelle au téléphone : nous allons bénéficier d'une escorte pour les trente derniers kilomètres et les places en parcage sont gratuites (payées par Rousselot). Forts de ces informations et après l'arrivée de djoune, Michel et Olivier, nous repartons le cœur léger. Mikey va tenir compagnie à Ludovic dans sa voiture vosgienne.

Julien est tout fier de conduire en Pologne et veut même que je le prenne en photo. Le show Orange a repris. Minus, quant à lui, scrute attentivement les bois de Pologne, à la recherche de putes. Il n'est pas le seul d'ailleurs. « Là, là, là !! », impossible de fermer les yeux avec ces mecs avides de jupes courtes, talons et maquillage surchargé. Mais la Pologne, ce n'est pas que ça. Les arbres sont étranges avec leurs longs troncs dénudés. Sur la route (l'équivalent de nos départementales), limitée à 70 km/h, c'est l'anarchie. La plupart des véhicules (camions, voitures) roulent à cheval sur la bande d'arrêt d'urgence, ce qui permet aux autres (voitures, camions) de doubler au milieu. Ou comment passer de deux voies à trois ou quatre en un rien de temps. Julien hallucine, notamment lorsqu'à un carrefour, un camion force le passage pour le doubler. Les maisons, les villages traversés sont gris et tristes sous le brouillard. Des magasins de nains de jardin et autres conneries de jardin jalonnent la route. Nous sommes ensuite pris dans de longs ralentissements causés par un rond-point lointain et finissons par rejoindre la station-service où nous attend l'escorte. Les flics s'adressent à nous en anglais et calent les choses : un véhicule nous conduit directement au stade de Poznan tandis que l'autre véhicule part à la recherche de la voiture de la Clique.

Avec l'escorte, Julien est le maître de la route. On esquive les bouchons en passant par la bande d'arrêt d'urgence, Julien, Fabien et Sylvain notamment apprécient de doubler les supporters de Poznan, mais ça ne nous empêche pas d'être coincés dès l'entrée de la ville (en travaux). Bref, on avance au pas, si le contexte s'était révélé aussi dangereux qu'annoncé, nous aurions eu mille fois l'occasion - et le temps - d'être caillassés. La pommade Meurtripan (meurtre trippant ?) de minus ne servira sans doute pas.

Arrivée au parking visiteurs boueux, avec des supporters polonais qui traversent les terrains de sport juste à côté et entrée dans le stade avec un billet mal déchiré par la stadière et une fouille assez sommaire. Environ huit étages plus tard nous découvrons le parcage, très en hauteur, et les trois tribunes du stade (la quatrième n'est pas construite). Une pure joie m'envahit. Être là. C'est tout ce qui compte. Les joueurs rentrent sur le terrain pour l'échauffement, Biancalani montre aux joueurs nancéiens où nous sommes et on s'échange des applaudissements à distance.

Après l'annonce de la composition des équipes, les supporters polonais commencent à chanter. Limite j'en ai la respiration coupée. C'est impressionnant et ça le restera tout le match. Tendus d'écharpes sur l'ensemble du stade, échanges entre les deux tribunes derrière les buts, drapeaux, gestuelles, t-shirts blancs d'un côté bleus de l'autre. Et toutes ces bâches. Subjuguée. Abasourdie. Tout est si parfait que j'en oublie fréquemment qu'il y a aussi un match qui se joue sur le terrain.

D'ailleurs, les locaux ont très vite ouvert le score mais les nancéiens les ont très vite rejoints (Malonga, 10ème). Les polonais récidivent un peu plus tard par un coup-franc qui oblige Bracigliano à rentrer dans son propre but avec le ballon (on va dire ça). Il a en plus droit à un carton jaune, tout comme André Luiz deux minutes plus tard. J'ai peur que tout ça se termine très mal et qu'on se prenne une raclée car notre défense n'est pas très rassurante. Heureusement, ce n'est pas le cas et Nancy finira par égaliser par un beau but de Zerka (81ème).

Les supporters polonais n'ont quasiment pas faibli du match, ils sont tous debout et souvent, on a l'impression d'entendre du français : « correa », « gennaro », « sang et or ». Ce n'est que fiction. Le « Nancy on t'enc... » de la part d'un supporter isolé est par contre bien réel.

Du côté des nancéiens, la Clique est arrivée un peu en retard. Nous profitons des quelques rares blancs pour placer deux-trois chants et glorifier nos couleurs. On se fait huer bien sûr. Pas de SNE à Poznan. Une trentaine de personnes dans le parcage. Et autant de CRS, armés jusqu'aux dents (fusils à pompe quand même).

Laëtitia, qui s'est fait discrète pendant tout le trajet, a bu trop de vodka et s'est ramassée dans la tribune. Résultat des courses : elle a à peine vu la première mi-temps et a été transférée dans un hôpital. Nous sommes du coup bien embêtés à la fin du match. Comment trouver l'hôpital ? Comment retrouver Laëtitia dont nous ignorons tout, à commencer par le nom de famille ? Sans compter qu'un autre problème se greffe à la situation quand les lumières de la cage d'escalier s'éteignent et qu'on doit descendre dans le noir. Pauvre minus et pauvre de moi qui l'accompagne.

Finalement, les flics sont vraiment sympas et organisés. Tandis que certains escortent les autres voitures, d'autres nous conduisent directement à l'hôpital. Et attendent patiemment, jusqu'à ce que Laëtitia sorte de sa chambre (une écharpe de l'ASNL contre la liberté). Dit comme ça, on croirait que c'était pas long. En fait, on attend presque deux heures, avec trois RS, dont fontenoi traducteur, qui restent sur place le soir. Ça nous permet de délirer un peu, avec des photos bâche devant l'hôpital et des envies de courses dans les couloirs avec les lits à roulette ou les fauteuils. On chante : « elle aime la vodka, elle aime pas le foot ». Je téléphone à Séb aussi. Raphaël est fan de mon bonnet et tente de me le piquer car il a froid aux oreilles. Des ensanglantés arrivent à l'hôpital dont un menotté, bien encadré et avec le nez cassé et plein de sang partout. Ça calme.

Bref, Laëtitia est sortie de l'hôpital, nous reprenons la route et laissons les RS à Poznan. Il est 22 heures. Mikey conduit, Sylvain et Fabien chambrent longuement Laëtitia (elle l'a bien mérité !!!). Nous retrouvons djoune, son père et Olivier à la première station-service allemande. Là, on se fait copieusement engueuler par la femme qui travaille là car on paye pas ses putains de toilettes. De toute façon, c'est une grosse conne qui nous demande de parler moins fort, puis carrément de quitter les lieux disant que la station ferme. Bienvenue en Allemagne ? Pas croyable de gueuler sur les gens de cette façon. Ça n'empêche pas minus de glisser qu'il aimerait mettre sa queue en Turquie (on parlait de futurs déplacements en UEFA)...

Minus, comme pendant tout le déplacement, ferme la porte du véhicule : « c'est mal fermé, on voit le jour », je rectifie : « non, on voit la nuit »... Il est vraiment temps de dormir. Mais c'est trop difficile. Je reprends le volant en fin de nuit car j'ai envie de voir le soleil se lever. En fait, seul le jour se lève. Le soleil, ce sera pour Nancy. Les toilettes des station-services en Allemagne que nous rencontrons lors de nos arrêts au retour fonctionnent avec des portiques, comme pour prendre le métro. Nous sommes effarés ! J'en testerai un et ai donc droit à un ticket. Comme sur un parking. Les allemands sont fous.


Vendredi 7 novembre 2008 :

Arrivés à la frontière, les voitures passent au compte-goutte. Avec notre caravane, nous sommes suspects, d'autant plus qu'on revient de Pologne. On se fait donc contrôler le véhicule : « pas d'alcool, pas de tabac ? ». Bref, après quelques discussions avec Julien, la douanière nous demande du coup le résultat de Nancy et on peut repartir. Mais bon, fouillés par notre propre douane quand même.

A une cinquantaine de kilomètres de Nancy, Sylvain ou Fabien, je sais plus lequel, proposera de conduire... mieux vaut tard !!... Julien ramène le véhicule à Vandœuvre et récupère sa voiture. Nous retournons sur le parking du kinépolis. Pour une dernière photo. Avant de repartir chacun de son côté.